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Numéros des NCS > Photos Beauty Russian Panties Bikini Women Sexy Flag String nO0wkPNo. 20 – Automne 2018 > Repenser l’État et l’impérialisme[1]

Perspectives

Par Salar MohandesiMis en ligne le 03 avril 2019
Source : https://www.viewpointmag.com/2018/02/01/the-specificity-of-imperialism/

Gilles Aillaud, La bataille du riz, 1968R5180 Taille 36 Y7yvmi6bfg Longue Longues Noir Robes Femme Robe T1cuJ3lK5F

Pour dépas­ser les limites et les contra­dic­tions des concepts pro­po­sés au début du ving­tième siècle par les mar­xistes « clas­siques » (tels Hilferding, Luxemburg, Lénine et tant d’autres), il faut, comme le sug­gèrent Sam Gindin et Leo Panitch, éla­bo­rer une nou­velle ana­lyse de l’impérialisme à partir d’une théo­rie de l’État[2]. L’État n’est pas une « chose », ni un simple « sous-pro­duit » du capi­ta­lisme, mais un ensemble d’institutions contra­dic­toires, elles-mêmes pro­duites et tra­ver­sées par des luttes achar­nées entre classes, bref un rap­port social. De la même manière, l’impérialisme doit être com­pris comme un rap­port de domi­na­tion entre États plutôt que comme un simple syno­nyme de l’expansion capi­ta­liste.

L’État, enjeu et acteur dans les luttes de classes

Dans les for­ma­tions sociales domi­nées par le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste, les États déve­loppent des ins­ti­tu­tions pour gérer la repro­duc­tion élar­gie des rap­ports capi­ta­listes. Un ensemble d’appareils est mobi­lisé pour pro­té­ger la pro­priété privée, main­te­nir les infra­struc­tures, contrô­ler la masse moné­taire, arbi­trer les conflits de tra­vail et régu­ler la repro­duc­tion sociale. Cette tâche implique éga­le­ment d’assurer la cohé­sion sociale glo­bale, de main­te­nir l’unité au sein du bloc diri­geant, de faire en sorte que les forces sociales domi­nées res­tent frag­men­tées et divi­sées, d’écraser les insur­rec­tions, de com­battre les menaces externes, de gérer des rela­tions poten­tiel­le­ment contra­dic­toires entre dif­fé­rents modes de pro­duc­tion et de parer aux urgences – telles que les dépres­sions ou les catas­trophes natu­relles – qui pour­raient mettre en péril la société. Cela peut se faire par divers moyens, à l’aide de nom­breux appa­reils d’État et selon des stra­té­gies concur­rentes, ce qui explique pour­quoi ces inter­ven­tions peuvent assez sou­vent sus­ci­ter des réponses contra­dic­toires. En effet, les États ne sont pas mono­li­thiques. Bien que de nom­breuses ins­ti­tu­tions for­mant un État aient été créées avec les mêmes objec­tifs géné­raux, elles sont struc­tu­rées de diverses manières, suivent des pro­cé­dures sin­gu­lières et emploient des stra­té­gies diver­si­fiées pour résoudre les pro­blèmes. Dans cer­tains cas, elles peuvent même finir par tra­vailler à contre-cou­rant. Dans d’autres cas, elles peuvent avoir des objec­tifs dif­fé­rents concer­nant un pro­blème spé­ci­fique. Les conflits au sein des ins­ti­tu­tions sont extrê­me­ment cou­rants.

Un site de la lutte des classes

L’État n’est pas seule­ment com­posé d’institutions qui se che­vauchent et qui se retrouvent sou­vent en concur­rence les unes avec les autres, mais il est aussi le lieu ori­gi­naire où la lutte des classes se déploie. En réa­lité, l’État peut être com­pris au mieux, selon les termes de Nicos Poulantzas, comme la « conden­sa­tion maté­rielle d’un rap­port de forces[3] ». L’État, struc­turé comme un ensemble d’appareils, est ainsi tra­versé par des luttes entre dif­fé­rentes forces sociales. La lutte des classes ne doit pas être consi­dé­rée comme externe à l’État, mais comme quelque chose d’inscrit dans son cœur même. Différentes forces sociales sont en effet constam­ment en concur­rence les unes avec les autres au sein de l’État. Ces luttes inces­santes, et par­fois même entre dif­fé­rentes frac­tions d’une même classe, à tra­vers les ins­ti­tu­tions déjà contra­dic­toires de l’État expliquent pour­quoi les États se com­portent sou­vent de manière erra­tique. Différentes forces sociales pour­suivent cha­cune leurs propres inté­rêts. Différentes ins­ti­tu­tions éta­tiques sont en concur­rence les unes avec les autres. Différentes branches au sein d’un même appa­reil se retrouvent par­fois en désac­cord ou même tra­vaillent à contre-cou­rant.

Un champ de contradictions

Considérer l’État comme un rap­port de forces est néces­saire pour com­prendre l’impérialisme. C’est pré­ci­sé­ment parce que celui-là est criblé de contra­dic­tions que l’impérialisme prend sou­vent des formes si contra­dic­toires. Puisque l’État est tra­versé par des luttes, dif­fé­rentes forces sociales au sein de cha­cune des ins­ti­tu­tions qu’il recouvre vont s’affronter et défendre des concep­tions dif­fé­rentes sur l’impérialisme. Examinons à titre d’exemple les chan­ge­ments que Donald Trump a impo­sés dans la poli­tique cubaine des États-Unis. Plusieurs grandes entre­prises amé­ri­caines ont long­temps fait pres­sion sur la Maison-Blanche pour allé­ger les res­tric­tions com­mer­ciales concer­nant Cuba. Lorsque Barack Obama a fina­le­ment assou­pli ces res­tric­tions, ces entre­prises étaient impa­tientes d’obtenir une part du gâteau. D’un point de vue stric­te­ment éco­no­mique, la déci­sion de Trump de durcir les res­tric­tions n’a donc guère de sens. En fait, les poli­tiques impé­ria­listes de Trump à l’égard de Cuba ne découlent pas de moti­va­tions éco­no­miques, mais d’un désir de s’assurer la loyauté de cer­taines caté­go­ries de la popu­la­tion (dont la dia­spora cubaine en Floride). Même lorsque les repré­sen­tants des classes domi­nantes semblent par­ta­ger un même objec­tif géné­ral d’expansion du capi­ta­lisme, ils repré­sentent sou­vent les inté­rêts d’industries concur­rentes, pro­meuvent par suite des stra­té­gies contras­tées et inter­viennent dans des appa­reils d’État dotés de pou­voirs dis­sem­blables.

Des conflits incessants

Puisque l’État n’est pas une entité mono­li­thique, les dif­fé­rentes ins­ti­tu­tions en son sein sont contrô­lées par diverses frac­tions du bloc au pou­voir qui entrent sou­vent en conflit. Un jour, le dépar­te­ment d’État essaie de régler la crise du Golfe ; le len­de­main, le pré­sident appuie l’Arabie saou­dite, aggra­vant les ten­sions dans la région. Un jour, le secré­taire d’État annonce que les États-Unis sont prêts à dis­cu­ter avec la Corée du Nord sans « condi­tion préa­lable » ; le len­de­main, la Maison-Blanche affirme que ce n’est pas le moment d’engager des pour­par­lers. Bien sûr, la fré­quence et l’intensité des contra­dic­tions peuvent chan­ger. Il y a des moments his­to­riques où une frac­tion du bloc diri­geant par­vient à impo­ser son hégé­mo­nie aux autres. Dans ces cas-là, les poli­tiques impé­ria­listes d’un État donné peuvent appa­raître plus cohé­rentes. En même temps, il y a des moments, comme c’est le cas aux États-Unis aujourd’hui, où le niveau de ten­sion entre les forces sociales domi­nantes est extrê­me­ment élevé. Non seule­ment existe-t-il un désac­cord total entre les dif­fé­rentes fac­tions de la classe diri­geante, mais des contra­dic­tions existent au sein même de l’administration, dif­fé­rentes ins­ti­tu­tions pro­po­sant des solu­tions radi­ca­le­ment dif­fé­rentes à une même crise ; cela donne un impé­ria­lisme très inco­hé­rent, voire impré­vi­sible.

L’impérialisme comme rapport de forces

Ce que l’on peut affir­mer de l’État, on peut l’affirmer aussi pour l’impérialisme. Il n’y a pas de théo­rie unique qui puisse expli­quer de manière uni­ver­selle toutes les incar­na­tions his­to­riques de l’impérialisme, de l’Empire romain aux États-Unis d’aujourd’hui en pas­sant par l’Empire mongol. Chaque théo­rie de l’impérialisme est la théo­rie d’une conjonc­ture spé­ci­fique, poten­tiel­le­ment valable seule­ment pour ce moment-là, mais tou­jours limi­tée et sujette à révi­sion. Considérons l’exemple de l’impérialisme amé­ri­cain. Après la Seconde Guerre mon­diale, les frac­tions domi­nantes de l’État et du capi­ta­lisme ont sou­tenu que le meilleur moyen de pro­mou­voir les inté­rêts des États-Unis était que l’État joue un rôle déter­mi­nant pour assu­rer la repro­duc­tion élar­gie du mode de pro­duc­tion capi­ta­liste. La pro­tec­tion, l’expansion et l’imposition du capi­ta­lisme sont demeu­rées l’objectif pri­mor­dial. En pra­tique, cela impli­quait de conte­nir le monde socia­liste dans ses fron­tières et d’empêcher les pays nou­vel­le­ment indé­pen­dants de s’éloigner du capi­ta­lisme, une poli­tique qui exi­geait sou­vent le recours à la vio­lence. Dans cer­tains cas, main­te­nir ces pays dans la sphère capi­ta­liste obli­geait à verser des mil­lions de dol­lars d’aide dans des pro­grammes de « déve­lop­pe­ment ». Dans d’autres cas, cela impli­quait de les répri­mer par des coups d’État, des inva­sions ou des créa­tions de dettes ingé­rables. Dans d’autres cas enfin, des contra­dic­tions au sein de l’État ont conduit l’impérialisme amé­ri­cain à s’écarter com­plè­te­ment de son objec­tif ini­tial.

Des rapports qui changent

Pour reprendre la for­mu­la­tion de Poulantzas, l’impérialisme n’est donc pas une chose, mais un rap­port. En effet, si l’État est un rap­port entre forces sociales, l’impérialisme peut être lar­ge­ment com­pris comme un rap­port entre États. Les rela­tions impé­ria­listes peuvent tout inclure, des sanc­tions éco­no­miques à l’ajustement de la poli­tique moné­taire en pas­sant par le refus de recon­naître un autre régime, l’orchestration de coups d’État et l’invasion mili­taire condui­sant à l’annexion pure et simple. En consé­quence, le colo­nia­lisme devrait être vu comme une forme d’impérialisme qui n’a pas entiè­re­ment dis­paru, malgré la vague anti­co­lo­niale des années 1960 et 1970. De même, ce qu’on appelle par­fois le « néo­co­lo­nia­lisme » fait réfé­rence à une caté­go­rie de rela­tions impé­ria­listes qui n’impliquent pas l’annexion ter­ri­to­riale, mais qui sont basées sur d’autres formes de domi­na­tion. Par ailleurs, les rap­ports impé­ria­listes ne sont jamais uni­di­rec­tion­nels. Politiquement, bien qu’un État assume tou­jours la posi­tion domi­nante dans le rap­port impé­ria­liste, les forces sociales actives dans l’État dominé peuvent lutter pour ren­ver­ser les termes du rap­port. Dans cer­tains cas, ces efforts peuvent pro­vo­quer des trans­for­ma­tions dans la métro­pole elle-même. Ainsi les luttes en Algérie ont fina­le­ment contri­bué à l’effondrement de la Quatrième République fran­çaise à la fin des années 1950, tandis que la libé­ra­tion natio­nale en Afrique luso­phone a conduit à la révo­lu­tion au Portugal au milieu des années 1970. La résis­tance viet­na­mienne à l’impérialisme amé­ri­cain a pro­vo­qué de même d’importantes tur­bu­lences aux États-Unis, sur­ali­men­tant les mou­ve­ments sociaux natio­naux.

La fracture Nord/​Nord

Aujourd’hui, lorsqu’on dis­cute de l’impérialisme, on pense tout de suite aux rap­ports de domi­na­tion entre le Nord et le Sud. Pendant long­temps, la plus grande partie du globe a été domi­née par quelques puis­sances impé­ria­listes, à tra­vers plu­sieurs formes : la bar­ba­rie la plus pous­sée, la dis­cri­mi­na­tion légale, le racisme, la ter­reur, le tra­vail forcé, les trans­ferts mas­sifs de popu­la­tion, la restruc­tu­ra­tion des éco­no­mies locales, la dégra­da­tion de l’environnement, la famine pla­ni­fiée, les camps de la mort et ulti­me­ment le géno­cide. La longue lutte contre ces puis­sances, en par­ti­cu­lier contre les empires euro­péens, a marqué l’histoire mon­diale depuis la Seconde Guerre mon­diale. Cependant, s’il est essen­tiel de rete­nir et de prendre en consi­dé­ra­tion cet ensemble de rap­ports impé­ria­listes, on ne peut limi­ter l’impérialisme seule­ment à la domi­na­tion « occi­den­tale ». Définir exclu­si­ve­ment l’impérialisme comme un rap­port de domi­na­tion entre « l’Occident » et le Sud global, c’est igno­rer des contra­dic­tions bien réelles entre les pays impé­ria­listes d’Amérique du Nord et ceux de l’Europe occi­den­tale. Tout compte fait, les XIXe et XXe siècles ont été rem­plis de guerres inter­im­pé­ria­listes, la Seconde Guerre mon­diale n’étant que la plus meur­trière d’entre elles. Après cette guerre, un cer­tain consen­sus vou­lait que les États-Unis main­tiennent leur lea­der­ship sur les autres pays capi­ta­listes, alors que l’Europe et le Japon esti­maient qu’il était dans leur inté­rêt d’exercer aussi ce rap­port de domi­na­tion. Cependant, cette situa­tion de subor­di­na­tion aux États-Unis n’excluait pas des com­pro­mis. Par exemple, bien que le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain était opposé à la reco­lo­ni­sa­tion de l’Indochine après la Seconde Guerre mon­diale, crai­gnant que cela ne pré­ci­pite la région dans le camp com­mu­niste, il a fina­le­ment accepté de sou­te­nir le colo­nia­lisme fran­çais pour garan­tir la coopé­ra­tion fran­çaise dans la recons­truc­tion d’une Europe anti­com­mu­niste. Parallèlement, il y a eu des fric­tions entre l’impérialisme amé­ri­cain et des gou­ver­ne­ments d’Europe occi­den­tale, par exemple lorsque le pré­sident fran­çais Charles de Gaulle s’est opposé aux États-Unis sur plu­sieurs aspects de leur poli­tique au Vietnam.

Les impérialismes du Sud

Les socia­listes hésitent à abor­der le phé­no­mène de l’impérialisme au sein des pays du Sud. Au cours des années 1960 et 1970, on croyait dans l’unité indé­fec­tible des États domi­nés et des peuples oppri­més contre les puis­sances colo­niales et l’impérialisme amé­ri­cain. Ce fut, par exemple, la fonc­tion même de l’idée de « tiers-monde », qui visait à unir une immense mul­ti­tude der­rière un projet commun de libé­ra­tion. Bien que cette notion de tiers-monde ait joué un rôle his­to­rique impor­tant, elle a occulté d’importantes contra­dic­tions. Certains États du tiers-monde étaient en effet capi­ta­listes, d’autres socia­listes, et d’autres encore essayaient de trou­ver leur propre chemin. Certains États étaient proa­mé­ri­cains, d’autres se tour­naient vers l’Union sovié­tique, tandis que la plu­part essayaient de jouer pour leur propre profit les super­puis­sances l’une contre l’autre. Dans cer­tains États, les forces sociales domi­nantes étaient véri­ta­ble­ment inté­res­sées par la construc­tion de l’unité ; dans d’autres, elles ne se pré­oc­cu­paient que de défendre leurs propres inté­rêts. En dépit des appels à l’unité, plu­sieurs de ces États se com­por­taient d’une manière qu’il serait très dif­fi­cile de ne pas qua­li­fier d’impérialiste. Bien que l’impérialisme amé­ri­cain était rare­ment absent, les conflits dans le Sud ne peuvent pas être expli­qués uni­que­ment en termes de machi­na­tions yan­kees. Les conflits inter­im­pé­ria­listes dans les pays du Sud pos­sèdent leur propre dyna­mique. Encore aujourd’hui, il existe une ten­dance dans cer­tains cou­rants de gauche à défendre incon­di­tion­nel­le­ment tout régime opposé aux États-Unis, que ce soit l’Iran, la Syrie, la Corée du Nord ou la Russie. Les pré­oc­cu­pa­tions sous-jacentes qui ins­pirent cette atti­tude sont sou­vent authen­tiques : un désir sin­cère de blo­quer l’impérialisme amé­ri­cain ou un véri­table enga­ge­ment pour la paix dans les régions déchi­rées par la guerre. Cependant, si on écarte la lutte des classes, le sujet de la libé­ra­tion devient l’État-nation lui-même, d’où découle un risque de sou­te­nir des États se pré­ten­dant anti-impé­ria­listes, mais qui sont en réa­lité auto­ri­taires et fondés sur la répres­sion de l’auto-organisation des tra­vailleurs et des tra­vailleuses.R5180 Taille 36 Y7yvmi6bfg Longue Longues Noir Robes Femme Robe T1cuJ3lK5F

Impérialisme socialiste

Les États socia­listes, comme leurs vis-à-vis des for­ma­tions sociales domi­nées par le capi­ta­lisme, ont his­to­ri­que­ment affi­ché des poli­tiques étran­gères très ambi­guës. En Union sovié­tique, par exemple, peu de temps après la révo­lu­tion d’Octobre, le nou­veau pou­voir espé­rait fomen­ter la révo­lu­tion mon­diale. Lorsque la vague révo­lu­tion­naire com­mença à décli­ner au début des années 1920, l’URSS accorda prio­rité à sa survie plutôt qu’à l’internationalisme révo­lu­tion­naire. Concrètement, cela impli­quait par­fois de s’allier à des régimes bour­geois natio­na­listes non socia­listes, voire anti­com­mu­nistes, aux dépens des forces révo­lu­tion­naires natio­nales. Plus tard, alors que l’URSS aidait des mou­ve­ments de libé­ra­tion natio­nale (au Vietnam, à Cuba, au Congo ou en Angola, par exemple), elle essayait éga­le­ment de se faire des alliés de cer­tains régimes anti­com­mu­nistes (l’Égypte de Gamal Abdel Nasser, le régime de Saddam Hussein en Irak, l’État réac­tion­naire en Iran sous le shah). Parallèlement, l’URSS main­te­nait en outre une étroite domi­na­tion sur les États d’Europe de l’Est. Fait à noter, l’Union sovié­tique n’a pas été un État socia­liste engagé dans des actions appa­ren­tées à des formes d’impérialisme. Le cas le plus trou­blant demeure tou­te­fois la troi­sième guerre d’Indochine. À la fin des années 1970, les affron­te­ments entre le Cambodge et le Vietnam ont conduit à une inva­sion viet­na­mienne de ce pays en décembre 1979, suivie quelques mois plus tard par une inva­sion chi­noise du Nord du Vietnam. Des États qui se disaient socia­listes et se défi­nis­saient contre l’impérialisme capi­ta­liste se firent ainsi la guerre entre eux, se com­por­tant de la manière atten­due des pays capi­ta­listes. Si l’on adhère au cadre d’analyse clas­sique, on pour­rait sou­te­nir que la troi­sième guerre d’Indochine a été causée par les États-Unis, puisque c’est l’impérialisme amé­ri­cain qui domi­nait la région. Par contre, une étude le moin­dre­ment appro­fon­die démon­tre­rait que les causes de la guerre entre le Cambodge, le Vietnam et la Chine se retrouvent sur­tout dans les déve­lop­pe­ments mêmes de ces pays socia­listes. Certes, les varié­tés de rap­ports impé­ria­listes et l’impérialisme socia­liste ne sau­raient être réduits au même niveau. Nous devons nous deman­der en quoi et com­ment ces impé­ria­lismes dif­fèrent les uns des autres, pour­quoi leurs objec­tifs peuvent être dis­tincts, pour­quoi ils se trans­forment avec le temps, et fina­le­ment pour­quoi cer­tains ont été et conti­nuent d’être beau­coup plus des­truc­teurs que d’autres. Si l’impérialisme chi­nois, par exemple, a pu causer de nom­breux dégâts, sa vio­lence n’est rien en com­pa­rai­son de celle des États-Unis. À la lumière des évé­ne­ments actuels, avec l’armée amé­ri­caine actuel­le­ment déployée dans 138 pays et Donald Trump mena­çant de déclen­cher une guerre nucléaire avec la Corée du Nord, il est néces­saire de conser­ver cette asy­mé­trie à l’esprit.

Comprendre l’impérialisme dans sa complexité et sa diversité

Compte tenu des nom­breuses contra­dic­tions en jeu, nous devons éviter l’erreur qui consis­te­rait à plier le bâton trop loin dans l’autre sens. Insister sur la spé­ci­fi­cité de l’impérialisme ne devrait pas conduire à consi­dé­rer celui-ci comme quelque chose de com­plè­te­ment auto­nome par rap­port à des modes de pro­duc­tion par­ti­cu­liers ni à une for­ma­tion sociale de manière plus géné­rale. L’État a tou­jours été lié à des modes de pro­duc­tion spé­ci­fiques. Dans cette optique, les appa­reils éta­tiques et les forces sociales qui les com­posent se sont tou­jours enga­gés dans des acti­vi­tés que l’on peut qua­li­fier d’« éco­no­miques ». Dans le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste, les États prennent en charge le déve­lop­pe­ment tech­no­lo­gique, gèrent les flux finan­ciers, restruc­turent l’industrie, voient à la repro­duc­tion de la force de tra­vail, façonnent la com­po­si­tion de la classe ouvrière, fixent les condi­tions d’emploi et peuvent même natio­na­li­ser les indus­tries. On peut en dire autant de l’impérialisme : les États contrôlent la poli­tique moné­taire, les droits de douane, les droits d’auteur, la dette sou­ve­raine, l’aide aux entre­prises à l’étranger, la régle­men­ta­tion des pro­duits qui tra­versent les fron­tières, etc. Si on ne peut plus sou­te­nir que seul le capi­ta­lisme oblige les États à conqué­rir des ter­ri­toires à l’étranger, la finance, en par­ti­cu­lier, demeure un aspect fon­da­men­tal de l’impérialisme. En effet, à notre époque de crise de la dette, il est clair que la finance joue un rôle cru­cial dans la repro­duc­tion de la confi­gu­ra­tion hié­rar­chique entre États. La pro­li­fé­ra­tion des appa­reils, ins­ti­tu­tions et pra­tiques expri­mant la domi­na­tion impé­ria­liste signale la néces­sité d’étudier les rap­ports constam­ment chan­geants entre l’impérialisme et les rap­ports sociaux.

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La tâche ardue qui nous attend

Cependant, cette mul­ti­di­men­sion­na­lité ne signi­fie pas que l’impérialisme n’existe pas. Nier l’existence de l’État serait aussi stu­pide que de le féti­chi­ser comme entité sin­gu­lière. La même chose peut être dite à propos de l’impérialisme. Découpler le lien réduc­tion­niste entre impé­ria­lisme et capi­ta­lisme, tout en veillant à ne pas consi­dé­rer l’impérialisme comme une réa­lité tota­le­ment auto­nome permet de dres­ser un por­trait plus précis du pré­sent et de mieux com­prendre la spé­ci­fi­cité des dif­fé­rents ter­rains de lutte. Ceci exige des enquêtes détaillées sur les dimen­sions concrètes de l’impérialisme contem­po­rain sous toutes ses formes.

Salar Mohandesi, Directeur du Viewpoint Magazine

NotesR5180 Taille 36 Y7yvmi6bfg Longue Longues Noir Robes Femme Robe T1cuJ3lK5F

  1. Ce texte est extrait d’un article, « The spe­ci­fi­city of impe­ria­lism » publié dans Viewpoint Magazine, 1er février 2018, <https://​www​.view​point​mag​.com/​2​0​1​8​/​0​2​/​0​1​/​i​n​t​e​r​n​a​t​i​o​n​a​l​i​s​m​-​a​g​a​i​n​s​t​-​i​m​p​e​r​i​a​lism/>. La tra­duc­tion est de Pierre Beaudet. ↑
  2. Leo Panitch et Sam Gindin, « Global capi­ta­lism and ame­ri­can empire »,Socialist Register, vol. 40, 2004. ↑
  3. Nicos Poulantzas, L’État, le pou­voir et le socia­lisme, Paris, Les prai­ries ordi­naires, 2013 (1978). ↑


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